Une Agriculture Urbaine au service de l'agro-écologie

Un article paru le 4 octobre dans The Conversation intitulé "Agriculture urbaine : peur sur la campagne" souligne le risque que pourrait poser une agriculture urbaine qui se développerait en concurrence ou à rebours de l'agriculture rurale.

Le fond de l'article est pertinent : il peut paraitre choquant que des start-ups lèvent des millions pour développer une activité agricole en ville quand les agriculteurs galèrent chaque jour et n'arrivent pas à se rémunérer correctement.

Cependant, l'auteur oublie qu'il n'y a pas une seule forme d'agriculture urbaine qui serait french-tech, agri-tech ou bullshit-tech : au contraire, les modèles sont nombreux et les volontés foisonnent. Il suffit de parcourir l'annuaire de l'AFAUP (Association Française des Agriculteurs Urbains Professionnels) pour s'en rendre compte.


L'agriculture urbaine peut et va servir l'agriculture en général, et l'agro-écologie en particulier, pour au moins 3 raisons :

  1. Pour que l'agro-écologie devienne la norme, il faut "éduquer" le consommateur. Il doit comprendre comment pousse un légume, ce qu'est le travail quotidien d'un maraicher, et retrouver le fil des saisons. Pour cela, des fermes urbaines et pédagogiques sont indispensables. Mieux : en formant les citadins au jardinage, elles peuvent aider à ce que chacun se réapproprie sa nourriture. Personne ne parle ici de concurrencer et de remplacer les maraichers, c'est évidemment un métier à part entière et des milliers de potager urbains ne suffirait pas à nourrir tout le monde. Mais il suffit d'avoir cultivé une fois dans sa vie un pied de tomate sur son balcon pour ne plus jamais pouvoir acheter une tomate de supermarché : l'escroquerie devient évidente, la supercherie est dévoilée. Une tomate de saison et de qualité coûte un peu plus chère : grâce à l'agriculture urbaine, chacun pourra comprendre pourquoi, et choisira tout simplement d'en consommer de meilleures mais moins souvent.

  2. Pour que l'agro-écologie devienne la norme, il faut valoriser le métier d'agriculteur. Là aussi, l'agriculture urbaine participe à ce mouvement. Par l'éducation du consommateur, d'abord, qui doit comprendre la difficulté du métier. Mais aussi parce que l'agriculture rurale peut aussi se réinventer par les villes : c'est un nouveau regard, presque naïf, qui vient se poser ce milieu. On essaie de comprendre les rouages du système, les financements, les règlementations, les querelles de chambres agricoles, les méandres de la MSA, les inégalités de fermage, pourquoi certaines procédures sont si compliquées, pourquoi les formations sont si peu adaptés à l'agro-écologie, … Depuis des décennies, des agriculteurs engagés se battent avec difficulté pour faire bouger les lignes de l'intérieur. Le renfort est en train de naitre de l'extérieur, de la ville-même, pour servir une même cause. C'est donc une excellente nouvelle que des urbains s'emparent de ce métier et s'y intéressent, enfin.

  3. Pour que l'agro-écologie devienne la norme, il va falloir former et recruter massivement, car il y a des millions d'emplois à créer. Les centres de formations débutent tout juste leur mue pour intégrer les pratiques agro-écologiques. C'est au mieux timide, et ce ne sera pas suffisant : les fermes urbaines pourraient avoir un rôle à jouer pour former de nouveaux agriculteurs. D'autre part, la ferme urbaine est une zone de transition : nous recevons chaque semaine des lettres de personnes souhaitant se reconvertir dans l'agriculture. Le chemin est long, risqué, et il y a parfois un fossé entre le rêve et la réalité. Travailler dans une ferme urbaine quelques mois permet de pratiquer le métier sans devoir tout plaquer dans sa vie : quand on doit se lever chaque jour pour travailler les mains dans la terre, on comprend vite si on aime ce métier ou non.

Pour toutes ces raisons, l'agriculture urbaine ne doit pas "inquiéter la campagne". Au contraire même, c'est une très bonne nouvelle que les urbains s'emparent et s'intéressent à ce métier.

Chez "Ferme Florale Urbaine", nous pouvons déjà en témoigner concrètement : avec le réseau du Collectif de la Fleur Française, nous échangeons régulièrement avec des fermes florales qui ne sont pas urbaines ; nos stagiaires (urbains) ont des projets de fermes florales en zone rurale qu'une expérience dans notre ferme urbaine vient conforter ou modérer; et en ce qui nous concerne, nous rêvons déjà de trouver un vaste terrain en pleine terre pour pouvoir y créer une seconde ferme florale, en ville ou à la campagne.


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