Edito : La biodiversité, l’affaire de tous

Mis à jour : févr. 19

Ferme Florale Urbaine a reçu ce samedi 11 janvier un trophée de l’Agriculture Urbaine 2020 dans la catégorie « Biodiversité », remis par la Mairie de Paris. C’est pour nous l’occasion de rappeler que s’inquiéter de la biodiversité est fondamental, et que la protéger ne se résume pas à penser aux abeilles ou à critiquer les agriculteurs. Tout le monde est concerné.

Les lauréats 2020 des Trophées de l’Agriculture Urbaine

Protéger la biodiversité est fondamental : en mai 2019, Audrey Azoulay, directrice de l’Unesco, et Robert Watson, président de l’IPBES (le « GIEC de la biodiversité »), écrivaient dans une tribune du Monde :

La biodiversité est le tissu vivant de notre planète. Sa disparition compromet les contributions vitales qu’apporte la nature à l’humanité, mettant en péril l’économie, les moyens de subsistance, le patrimoine culturel matériel et immatériel de l’humanité dans sa diversité, la sécurité alimentaire et la qualité de vie, et constitue une menace majeure pour la paix et la sécurité mondiales. En outre, la perte de biodiversité touche de manière disproportionnée les populations les plus vulnérables, aggravant ainsi les inégalités.

Et pourtant elle est gravement menacée : les scientifiques de l’IPBES ont publié un rapport presque terrifiant (voir cette synthèse du Monde dont on recommande la lecture). Dans le même temps, les chercheurs du CNRS et du Museum National d’Histoire Naturelle s’inquiètent d’une disparition massive des oiseaux et des insectes en France (près d’un tiers en quinze ans) et incriminent nos pratiques agricoles.

Cultiver, c’est travailler avec la nature. Pour se nourrir, s’habiller, fabriquer, ou tout simplement s’émerveiller. Mais c’est aussi forcément un travail sélectif : il y a les végétaux qu’on veut voir grandir, et les autres espèces, animales ou végétales, qu’on ne désire pas, mais qui sont quand même là.

Or, « ce qu’on ne veut pas » peut devenir gênant pour la productivité : des « mauvaises » herbes vont consommer des ressources qu’on destine à nos plantes, des insectes vont se nourrir en abimant les cultures, … il y a aussi un aspect esthétique. C’est une simple réalité : un jardinier ou un agriculteur doit constamment choisir entre éliminer ou accepter.

Pour le modèle agricole occidental, à la fin de la seconde guerre mondiale, un choix technique a été fait : éliminer, radicalement, en créant des environnements a priori entièrement contrôlés. C’est une approche qui peut sembler efficace (elle est indubitablement productive), mais elle montre aujourd’hui ses limites : elle émet fortement du C02, elle paupérise le monde agricole et surtout elle abime la nature, au sens où elle appauvrit les sols, polluent les eaux et détruit la biodiversité.

C’est pourquoi il est indispensable d’inclure une réflexion sur la protection de la biodiversité dans les nouveaux modèles agricoles.

Voici comment une micro-ferme comme notre Ferme Florale Urbaine l’aborde.

Protéger la biodiversité, c’est ne pas systématiquement lutter « contre »

Nous n’utilisons pas de pesticides (herbicide, insecticide, fongicide, …) : par conviction mais aussi parce que nous y sommes de toute façon obligés (nous sommes dans Paris et sur un hôpital et nous n’avons pas le droit d’épandre des produits chimiques). Le travail manuel quotidien nous permet un suivi visuel continu de nos cultures, et donc accroit notre réactivité. Chaque cas est particulier, mais lorsque nous détectons une anomalie, nous essayons de lui laisser d’abord une chance : si des insectes se régalent, nous acceptons que quelques fleurs ou plants soient abimés. S’il s’agit d’une maladie contagieuse, c’est le plant que nous supprimons immédiatement. L’impact économique est toujours minime puisque nous avons une grande diversité de culture. Le cas extrême pourrait se produire où il faudra choisir entre utiliser un produit « bio » ou perdre l’ensemble de notre production, et dans ce cas nous expliquerons notre décision.

Ne pas « lutter contre », c’est aussi parfois accepter la présence de « mauvaises herbes » : un jardin n’est pas plus beau quand il est absolument parfait.

Enfin, ne pas « lutter contre », c’est aussi une école d’humilité, et reconnaitre que dans le fond on ne maitrise pas grand-chose. Certains êtres vivants qualifiés de « nuisibles » ont peut être aussi un rôle à jouer dans notre écosystème. Nous ne maitrisons pas bien ces interactions entre espèces. C’est un défi immense pour les scientifiques de notre siècle de les identifier et de les comprendre.


Protéger la biodiversité, c’est chercher à la favoriser

Nous multiplions autant que possible les familles cultivées, et ce faisant, nous créons sans les maitriser des interactions entre différentes espèces. Ceci présente des avantages et des inconvénients. C’est un avantage car cela pourrait nous permettre, via un système complexe de rotation, d’optimiser les cycles du sol et de limiter les apports extérieurs (chaque famille a des besoins différents). C’est un avantage sanitaire, car la mixité peut enfin avoir un rôle positif contre les propagations de maladie. Enfin, cela permet également de varier les plaisirs.

Mais multiplier les espèces cultivées a par contre deux gros inconvénients : il est plus difficile de maitriser les cultures (on risque de s’éparpiller sans se spécialiser), et l’organisation pratique pour le suivi de ces cultures devient compliquée (il faut un suivi pour chaque espèce, les besoins du sol, en entretien ou en arrosage sont différents, les rendements également, etc…).


Protéger la biodiversité, c’est venir à sa rencontre

Il faut apprendre à l’observer, à la connaitre et à la reconnaitre. En prendre conscience. Au printemps, quand nous nous sommes installés, on travaillait nos premières parcelles. Tout à coup Tran-Phi s’arrête, et me demande de venir. Là, entre les herbes hautes et desséchées, se cachait, toute petite, une magnifique orchidée. Elle ressemblait à une abeille souriante. Non seulement elle était jolie, mais Tran-Phi m’explique que c’est de bon augure : c’est une plante bio-indicatrice qui témoigne de la bonne qualité d’un sol. Nous avons fauché le reste, mais nous avons laissée l’orchidée faire sa vie au milieu de la parcelle. 

La biodiversité, c’est un cadeau quotidien, et son apprentissage, le travail d’une vie. Nous faisons ce travail avec nous-même, et prévoyons aussi de partager cet amour des herbes folles et des insectes lors d’ateliers. Nous vous invitons à regarder autour de vous, sur vos trajets quotidiens : la poésie de la nature est partout.

Enfin et surtout, protéger la biodiversité, c’est être cohérent

Interrogeons-nous sur l’origine de ce qu’on consomme, et sur ce que nos déchets deviennent. Eliminer le plastique jetable de son quotidien, limiter au maximum ses déchets plutôt que de jeter ou de miser sur le recyclage, consommer moins mais mieux, être attentif à ce que son épargne ne finance pas des projets qui ne vont pas dans le bon sens, … la liste de ce qui ne favorise pas la biodiversité est sans fin, chacun la connait.


S’inquiéter de la biodiversité, en France et à l’autre bout du monde, ce n’est pas uniquement la responsabilité des agriculteurs. C’est une démarche qui nous concerne tous. Chacun peut y contribuer, au quotidien, dans sa vie personnelle comme professionnelle.


#Biodiversité

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