Journal - Bilan de mi-saison

Notre ferme florale va marquer une petite pause estivale : c'est le moment de vous donner quelques nouvelles. Tellement de choses à raconter, on ne sait pas par où commencer ! Le plus important pour nous, déjà : on est heureux de faire ce qu'on fait. Ce n'est pas simple, on n'en gagne pas encore notre vie, le travail est toujours physiquement éprouvant sur la longueur et assez stressant car on défriche, on ne maitrise pas grand-chose et on doit toujours faire face à beaucoup d'inconnues. Mais on gagne en confiance par rapport à l'année dernière, où c'était un grand saut dans le vide. On croit plus que jamais à notre concept de micro-ferme florale de proximité, nous pensons que le projet a du sens, et nous sommes fiers de nos fleurs et de nos bouquets. Je dois ici vraiment féliciter Tran-Phi qui ne cesse de progresser et m'étonne toujours par la qualité de ce qu'il compose.

Une deuxième source d'énergie positive, ce sont nos clients. Nous avons beaucoup de chance, car nous rencontrons de belles personnes, qui comprennent le projet et qui, nous l'espérons, aiment sincèrement ce que l'on produit. Chaque semaine des bouquets sont commandés, et c'est assez magique pour nous. On reçoit des petits mots encourageants, des remerciements, des sourires… c'est ce qui donne du sens à la peine qu'on se donne. On espère que chacun a été satisfait. Côté fleuriste, le contexte cette année était particulier : nous avons démarré les ventes tardivement, les fleuristes nous ont soutenus jusqu'au bout, en comprenant nos contraintes et nos difficultés. La vente fleuriste permet de sécuriser la vente de notre production, et sans eux le projet n'aurait probablement pas pu continuer. Un grand merci à L'Olive en Fleur (Paris 18), Lush Spa and Flowers (Paris 04), Greenwood Vertbois (Paris 03), Désirée (Paris 19) et L'oiseau Jardinier (Montreuil).  

Une autre bonne nouvelle, c'est qu'on a enfin pu récupérer notre serre en Bretagne. On est vraiment heureux de l'avoir, elle est toute mignonne, et cela va changer notre vie quotidienne sur le site puisque jusqu'ici, nous n'avions pas d'abri. Notre séjour en Bretagne (3 jours) était bien trop court, mais un concentré de jours heureux : au bout du Finistère, Rémy et Catherine nous ont accueilli chez eux comme si nous étions leurs enfants, on a dormi dans un joli tipi, et Rémy a pris le temps de partager avec nous son précieux savoir-faire pour nous apprendre à monter et démonter les yourtes. Le temps a passé trop vite : c'est honteux mais on n'a pas vu la mer pourtant si proche, ni même visité le joli petit village. Au retour, on a fait un petit détour par Keraret près de Paimpol, pour visiter la ferme florale de Judith qui était venue nous voir l'année dernière. Le lieu est splendide, les champs de fleurs ont vu sur la baie, tout est vert, les bâtiments anciens sont superbes… et l'accueil tout aussi adorable. Bref, on a été chouchoutés pendant 3 jours, et cela nous a fait beaucoup de bien !



Quelques points moins satisfaisants maintenant, on ne va pas tous les lister car il y en a beaucoup !


Après les déboires sur les semis, on a rencontré un second souci technique de culture avec notre paillage. On expliquera dans un prochain billet ce qui s'est passé, et pourquoi ce qui était un départ une bonne idée pour l'automne (récupérer des cartons broyés) s'est avéré contre-productif au printemps. Il nous faut ici remercier les jardiniers du Parc de la Butte du Chapeau Rouge, grâce à qui nous avons pu récupérer de la tonte séchée et du compost. Comme l'été dernier, sans paillage, il est probable que nos cultures n'auraient pas tenue le choc. Pour la saison prochaine, nous devrons trouver un moyen de pailler qui ne soit plus un dépannage. Nous avons plusieurs pistes.


Un autre point qui nous fait perdre du temps et qui nous place dans une situation précaire, c'est l'administratif. Clairement, on est à la rue avec la MSA. On ne comprend rien. On voudrait simplement se verser un salaire et cotiser ce qu'il faut cotiser. C'est un peu stressant car le temps passe et on ne cotise pas. Grâce à l'AFAUP (Association Française d'Agriculture Urbaine Professionnelle), on a enfin une interlocutrice en direct, et on espère que cela va avancer. Côté économique, le compte n'y est toujours pas. Pour qu'on puisse se verser deux SMIC (c'est notre objectif), il va falloir produire environ 3 fois plus que cette année, ou vendre en proportion plus  de bouquets pour les particuliers. C'est un défi, il nous faudra probablement encore deux ans pour y parvenir, mais on reste confiant tant les marges de progressions sont fortes. On a déjà identifié pleins de points à améliorer, certains sont liées au confinement, pour d'autres ce sont des erreurs que l'on a faites, ou encore des erreurs qu'on ne pouvait pas anticiper. C'est ainsi qu'on apprend. Si la production augmente, il faudra que les ventes suivent : c'est aussi un travail qu'il faut continuer en parallèle. L'autre frein pour la viabilité économique est le maintien de l'interdiction d'organiser des visites et des ateliers sur le site, en raison du plan COVID de l'APHP. Les animations représentaient environ 30% de notre chiffre d'affaire prévisionnel, c'est donc un manque à gagner important et pour lequel nous n'avons actuellement pas de solution alternative. Grâce à PIE (Paris Initiative Entreprise), nous avons pu bénéficier d'un prêt à 0% de 9.000 euros via le fond "Résilience" mis en place par la région. C'était indispensable pour pouvoir passer le cap hivernal, investir sur certains équipements et commencer à se verser un petit salaire. Chaque mois, nous faisons le point avec Jean-Louis, notre parrain PIE qui revoit avec nous les aspects économiques : c'est un exercice précieux, et nous le remercions. Au-delà de l'aspect économique, le fait de ne pas pouvoir accueillir du public nous rend un peu triste, car un des objectifs du projet était de créer un lieu pour partager notre amour des jardins et aussi sensibiliser sur le travail des horticulteurs, pour aider les particuliers et les fleuristes à prendre conscience à la fois de la diversité de ce qui peut être produit mais également des difficultés du métier. Nous aimons beaucoup partager, et nous avons pleins d'idées d'ateliers autour des fleurs et du végétal. On espère pouvoir en organiser en 2021 (si si, on espère). Enfin, un dernier sujet de frustration et non des moindres : c'est notre lien avec l'hôpital. Deux points sont importants à nos yeux : d'une part, il faut que le lieu soit beau, et d'autre part il faut que le lieu soit utile. Sur la "beauté" du site, il faut l'admettre, on ne plait pas à tout le monde. Visuellement, la ferme semble sèche et peu fleurie. Pourtant, on produit, et on est nous-mêmes étonnés à chaque cueillette de la quantité de fleurs réunies par rapport à ce qui apparait visuellement. Plusieurs explications : déjà, on manque d'eau, donc tout est très sec et c'est une lutte pour maintenir nos parcelles en état (la gestion de l'eau en agriculture urbaine est d'ailleurs un vrai sujet sur lequel on reviendra un jour). Ensuite, il faut du temps pour créer un jardin, on n'a pas des moyens énormes (personne ne nous finance) et la nature travaille aussi à son rythme. Nous avons aussi raté plusieurs parcelles, environ 30% (oui, c'est beaucoup) : soit parce que nous n'avions pas produits assez de plants de qualité (voire pas du tout, nos premiers semis ayant été catastrophiques), soit parce que nous les avons plantés trop tard, soit parce que nous avons mal séquencé les plantations, soit parce que la terre est trop mauvaise, soit parce qu'il fait trop chaud… les raisons sont multiples et parfois difficiles à identifier. Toujours est-il que visuellement, ce n'est pas la jungle. Une troisième explication sur l'esthétique particulière du site est que nous sommes une ferme florale : on cueille les fleurs. Et comme on produit en deça de nos prévisions, on cueille tout ce qui est de qualité, et on coupe ce qui ne l'est pas pour accélérer les nouvelles floraisons. Résultat, le jardin est relativement peu fleuri.


Cet aspect visuel inédit peut surprendre le personnel hospitalier. Nos jardins ne sont pas ornementaux, on ne fait pas les bordures, on composte in situ, les espaces de travail et les tuyaux ne sont pas toujours rangés au millimètre, … même si on essaie de faire des efforts, cela restera un site de production. Nous avons reçu quelques critiques de soignants relayés par la direction, et cela nous a affecté car la dernière chose que l'on souhaite, c'est que certains trouvent notre projet "moche". En discutant, on a compris qu'il s'agissait ou bien d'un désaccord esthétique (un site de production ne ressemblera jamais à un jardin botanique), ou bien d'un malentendu sur la nature du projet (certains pensent que nous sommes payés par la Mairie de Paris ou l'Hôpital pour entretenir les jardins). Il est donc impératif de mieux communiquer avec le personnel hospitalier et d'expliquer notre projet : c'est un long chemin, mais il progresse. Si tout va bien, nous devrions enfin avoir le droit d´organiser en septembre nos premières visites pour expliquer le projet pour le personnel hospitalier.


Enfin, l'utilité d'une ferme florale dans un hôpital reste à démontrer, c'est un travail au long cours. Il y a une utilité "indirecte" : les terrasses jusqu'ici étaient inoccupées et fermées depuis le plan vigipirate en 2015. Nous apportons de l'animation sur le site, et d'ailleurs on reçoit des messages de remerciements ou d'encouragements, de la part du personnel ou de certaines familles de patients qui nous observent de près ou de loin travailler. Mais il faudrait aller plus loin : on aimerait mettre en place des visites ou des animations régulières, on pourrait créer des liens avec les autres jardins existants sur le site, voire créer des espaces participatifs. Tout cela prend du temps et doit être organisé en concertation avec la Direction, s'ils le souhaitent. Un projet de jardin thérapeutique est en cours de création, le Dr Soyeux nous a intégré dans ce projet et nous en sommes ravis.


Voilà en quelques mots un résumé de ces premiers mois et notre état d'esprit. L'aventure continue. La canicule nous ayant bien achevé, on va prendre quelques jours de repos,  la ferme tournera au ralenti jusqu'au 1er septembre. On remercie Sandrine, notre flower-sitter, qui nous apporte son aide précieuse sur cette période. Rendez-vous donc le vendredi 4 septembre pour le retour de nos bouquets ! 


Bel fin d'été à toutes et à tous,


Félix et Tran-Phi


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