Journal - Avril 2020 - Un début de saison WTF



Comment faisons nous face au confinement ?

Comme tout le monde, nous n'avions pas du tout prévu ce scénario. La saison 2020 était notre première année pleine, nous avions encore beaucoup d'inconnus mais nous étions très enthousiastes à l'idée de démarrer une saison presque "normale", qui devait enfin nous permettre de vérifier si le modèle technique et économique qu'on défend peut fonctionner. Autant dire que le choc a été psychologiquement un peu rude : nous avions humainement, financièrement et physiquement besoin de franchir cette étape de preuve de concept. Le confinement nous a plongé dans l'inconnu et l'incertitude totale, et à cela il fallait ajouter la part personnelle d'angoisse face aux différentes conséquences qu'a pu ou qu'aurait pu avoir cette pandémie.


Voici comment on a tenté de faire face pour notre activité professionnelle.


Il s'agissait d'abord de savoir si nous pourrions concrètement continuer l'activité, car notre ferme florale est située au milieu d'un hôpital à Paris. On se souviendra longtemps de ce lundi où la rumeur d'un confinement militarisé circulait et où nous avions semé à tout va en pensant ne plus pouvoir revenir avant plusieurs semaines… Au début, nous nous sommes évidemment demandés si nous avions "moralement" le droit de continuer, car chacun était invité à rester chez soi. Les fleurs ne sont pas une production indispensable, et si nous continuions, c'était uniquement pour ne pas mettre la clé sous la porte.


Heureusement, le confinement n'a pas strictement interdit la poursuite de l'activité économique, et la direction de l'hôpital, que nous remercions à nouveau, nous a rapidement confirmé que les terrasses ne seraient pas réquisitionnées et que nous pouvions continuer l'activité puisque nous disposions d'un accès dédié et isolé. Nous avons également décidé entre nous de respecter les règles de distanciation, et de ne plus emprunter les transports en commun pour nous rendre à la ferme florale. Nous étions aussi inquiets de la réaction des soignants qui nous verraient continuer à travailler, mais des posts sur les réseaux sociaux et des messages de soignant.e.s de l'hôpital nous ont rapidement rassurés. Enfin, la Mairie de Paris nous a également confirmé que nous pouvions continuer. Grand soulagement donc, car un arrêt de quelques semaines signifiait que nous n'aurions pas de saison 2020, et donc probablement la fin du projet.


Notre seconde priorité était économique : nous ne savions alors plus si nous pourrions vendre notre production, à qui et comment. De plus, notre modèle économique est construit sur la vente mais également les ateliers : ceux-ci étant reportés sine die, nous ne pouvons plus compter dessus. Nous n'étions pas éligibles à l'aide de 1500 euros de l'Etat pour les TPE/PME, car nous avons démarré l'activité en mai 2019 et nous n'avions pas de CA de référence pour mars 2019. Pour garder de la trésorerie, nous avons décidé de reporter le versement de nos tout premiers salaires (on avait prévu de commencer avec 500 euros/mois à partir de mars). Hors salaires, l'activité a peu de charges (c'est le fondement de notre modèle économique), et nous nous sommes (heureusement) séparés de notre expert-comptable en février. Reste les prêts à rembourser : notre banque et la BPI ont accepté de reporter à 6 mois les remboursements des prêts en cours. Ceci nous a permis de ne pas avoir à nous engager sur un autre prêt et de pouvoir tenir quelques mois en espérant de pouvoir vendre à la fin du confinement. La troisième priorité était d'anticiper l'inconnu : allions-nous pouvoir continuer à venir travailler sur site tout le mois d'avril, et que se passerait-il si un confinement plus sévère est décrété ? Un suivi quotidien est en effet indispensable, notamment pour suivre les semis par exemple. En une journée trop chaude ou un oubli d'arrosage (surtout avec le terreau que nous avions), nous pouvions rapidement perdre la production (et donc notre année). Pareil pour les plantations, etc : on ne peut pas mettre la nature en pause. Heureusement, nous avons quelques renforts sur place qui nous ont rapidement soulagés : des soignants de l'hôpital et une voisine motivée qui habite juste en face. En cas de confinement dur, ils étaient prêts à venir suivre l'arrosage et l'aération des semis. Un immense merci à elles. Il faut donc accepter d'avancer sans trop savoir où nous allons, tout en sachant que nous n'allions pas être les plus à plaindre. Travailler dans l'hôpital aide aussi à relativiser : on se dit qu'après tout, le principal est de garder la santé. Les débuts de pandémie étaient par contre plutôt angoissants : entre l'annonce d'une vague, les urgences réorganisées, les tentes installées, … on s'est vite rendu compte que dans cette situation, l'activité à la ferme florale nous a grandement aidé à penser à autre chose. Surtout que côté technique, le confinement nous a par contre posé plusieurs problèmes et des sueurs froides.


Des semis chaotiques Nous devions récupérer une serre en mars pour démarrer nos semis, cela n'a pas été possible, nous nous sommes donc débrouillé sans abri avec des petits tunnels, bien entendu insuffisants pour gérer les écarts de températures entre le jour et la nuit (parfois de plus de 15 degrés en ce mois d'avril). Nous avons également eu un gros souci avec le terreau prévu pour les semis : on avait récupéré en fin d'année un stock de terreau offert par une entreprise, mais il s'est avéré de très mauvaise qualité (mélange de tourbe - ne jamais utiliser de tourbe - et de billes d'argiles) et totalement inadapté à notre usage. Résultat, les résultats de nos semis ont été très inégaux, il y a eu beaucoup d'échecs ou de pertes. Constatant l'échec après 15 jours (il faut du temps pour s'en apercevoir), nous avons testé des mélanges "maison" à base de tourbe et de sable tamisé récupéré dans la terre, cela fonctionnait un peu mieux mais c'était loin d'être parfait. On a également revu notre technique : les cageots récupérés génèrent trop de moisissures, on les a remplacé par des caisses en plastique dur (plus chères mais à longue durée de vie). On également testé le semis en alvéole (on a trouvé un fournisseur pour des alvéoles en plastique dur), et des semis en motte. La période était donc assez stressante : les semis ne prenaient pas malgré tout le soin quotidien qu'on pouvait leur apporter, le temps perdu n'est plus rattrapable, et notre stock de graines s'épuisait (nos grainetiers avaient arrêté leur activité). Il était également difficile de trouver un terreau convenable en ce temps de confinement, les délais de livraisons étaient trop lointains et non garantis. Mi-avril, nous avons fini par trouver une plate-forme de compostage à Cergy qui fabrique un terreau qui nous semblait adapté (et sans tourbe). Nous avons pu chercher 12 sacs fin avril, et avons donc recommencé la quasi-totalité de nos semis, en terminant notre stock de graine. Un peu notre semis de la dernière chance… résultats dans quelques jours. Du retard sur le planning Outre les semis, l'activité principale en mars-avril est la préparation des parcelles. Nous n'utilisons pas de motoculteurs et travaillons manuellement. Les renforts prévus en ce début de saison n'ont pas pu venir, nous avons donc travaillé toutes nos parcelles à deux. C'était assez intense, surtout qu'en début de confinement, nous ne savions pas si nous allions un jour devoir rester chez nous. Un mal de dos s'est réveillé alors qu'il reste encore 20% des parcelles à travailler, on a donc ralenti la cadence. La troisième activité principale en mars/avril est l'entretien et le suivi de nos parcelles de vivaces, plantées cet automne : désherber (merci S. pour le renfort !), arroser, et veiller à ce que la croissance se déroule bien. Les pucerons ont par exemple ravagés nos lupins, et s'attaquent maintenant à nos astéracées et nos échinops. Les coccinelles sont en retard par rapport à la saison qui a débuté plus tôt du fait de la température anormalement élevée en avril. On asperge avec du savon noir, mais c'est un vain combat. Nos delphiniums sont aussi attaqués par l’oïdium, on tente un traitement à base de décoction d’ail. C’est un suivi régulier, car à ce stade où les vivaces se développent, quand le problème devient visible, il est souvent trop tard. 


La bonne nouvelle La bonne nouvelle est que nous avons une demande : on a reçu beaucoup de messages pour nous demander des fleurs. C'est encourageant et cela rassure. A date, nous ne savons pas bien encore comment va se dérouler la saison, on espère que nos derniers semis seront un succès. On a très hâte de pouvoir retrouver le plaisir de cueillir et de composer des bouquets pour apporter nos fleurs chez vous !


Félix et Tran-Phi

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