Journal #04 – Juin : Orage, tempête, puis canicule

Nous avons peu communiqué, nos journées sont chargées et passent très vite. Nous recevons de très gentils messages de soutien lors des différents évènements météorologiques de ce mois de juin : voici comment nous y faisons face. 

Pour les aspects météorologiques, notre site de culture a deux difficultés majeurs :  son exposition au vent (nous sommes en plein dans un couloir de vent nord est/sud ouest), et sa minéralité (le bâtiment qui nous entoure est carrelé de blanc et le reste est en béton). Par exemple, s’il fait 30 degrés à Paris, nous atteignons rapidement les 40 degrés à l’ombre sur le toit, voire les 50 au soleil. On se protège d’ailleurs autant que possible : en ce qui me concerne je travaille en pantalon long, sweat à capuche, lunette de soleil, gants et crème 50. Tran-Phi se cache avec un certain style sous son chapeau vietnamien : c’est d’ailleurs un petit plaisir toujours renouvelé de voir cette silhouette inhabituelle travailler sur les toits.

Bref, nos principales craintes étaient la chaleur et les tempêtes (vent et grêle). Nous avions espéré que nous n’y serions pas confrontés trop rapidement… c’était sans compter sur ce mois de juin. 

Le vent et la grêle

Protéger des planches de culture d’une tempête peut paraitre simple, mais nous avions quelques contraintes. Premièrement, nous voulons travailler en lowtech, autrement dit en n’utilisant que des matériaux durables ou compostables, qui ne coute pas cher (idéalement récupérés). A cela s’ajoute une autre difficulté : l’épaisseur de la terre varie entre 20 et 40cm selon les endroits, ce qui n’est pas bien profond, et il faut être absolument certain de ne pas percer l’étanchéité du toit (c’est la raison pour laquelle nous avons éliminé les fers à béton). Enfin, il faut pouvoir mettre en place et retirer l’installation facilement. Ce temps d’installation est une clé : si un jardinier seul sur site doit rapidement installer ce système de protection anti-orage sur 50 parcelles et qu’il lui faut pour cela 10 minutes par parcelle… et bien cela lui demandera plus de 8 heures. On comprend vite qu’il faut un mécanisme fiable, simple et rapide à mettre en oeuvre. Nous avons opté pour le moment pour des tentes canadiennes, tendues entre deux piquets (maintenus par des disques de fonte qui empêchent le piquet de descendre sous les 20cm).

Le 4 juin a été notre baptême orage et grêle. L’alerte météo est arrivée le matin pour la fin d’après-midi, nous avons donc rapidement protégé ce que nous pouvions. Une bonne grêle s’est abattue sur le site pendant environ 5 minutes. Classique, rien à voir avec ce qui s’est passé ensuite dans le sud, mais quand on regarde depuis les fenêtres s’abattre les grêlons sur nos parcelles, on n’est franchement pas rassuré. Heureusement, nos protections ont globalement tenues le coup, cela nous a permis d’identifier quelques petits points faibles que nous avons corrigé rapidement, puisque quelques jours plus tard, la tempête Miguel annonçait des rafales de 90 kmh.

Nous pensions en avoir terminé avec les déboires météo pour enfin nous consacrer pleinement aux cultures… mais cette semaine, c’est la canicule. Rebelote, il faut rapidement s’adapter. 

La canicule

Le challenge est de maintenir un sol frais pour les plantes et qu’elles continuent de se développer, sans se déshydrater (cela est valable pour les feuilles comme pour les racines). Si les plants sont bien développés, les racines descendent en profondeur, et les feuilles créent de l’ombre et de la fraicheur. Notre souci est qu’ayant démarré la saison très tardivement (début mai), nos plants sont encore petits, donc fragiles. Ils ont d’ailleurs mis du temps à s’adapter à la transplantation (sol trop pauvre, trop chaud ? nous ne savons pas). Et à vrai dire, nous ne sommes pas du tout rassurés sur les prochains jours. Alors que peut-on faire ? 

Deux axes : installer des voiles d’ombrages, et pailler. 

Pour les voiles d’ombrage, nous réutilisons ce que nous avons installé pour la tempête. 

Le paillage crée lui une zone tampon entre l’air et le sol : l’évaporation de l’eau qu’il contient rafraîchit le sol en dessous et ne dessèche pas la terre. Il empêche également la formation d’une croute qui aurait empêché le sol de respirer et de s’hydrater correctement. 

Mais avec quoi pailler dans une démarche lowtech ? Nous avons récupéré de la tonte grâce aux jardiniers du parc voisin de la Butte du Chapeau Rouge (en face de notre site), que nous avons séché et stocké. C’est le plus efficace : le paillage est de la meilleure qualité possible. Problème : il faut beaucoup d’aller-retour en brouette pour rapporter la tonte, et nous sommes limités en espace de séchage. Nous pouvons pailler 3 parcelles avec notre stock actuel. 

Une offrande de nos voisins jardiniers du Parc de la Butte du Chapeau Rouge (Paris 19)

Pour le reste, nous allons réutiliser ce que nous avons décapé pour préparer les parcelles : par contre, pour que ce paillage soit efficace, il faut bien le sécher et retirer un maximum de terre (donc le séparer en petits morceaux puis tamiser). C’est beaucoup de travail manuel, et donc du temps.

Actuellement, il faut environ  25 minutes tout compris pour pailler 1m2 en récupérant ce qu’on décape : 15 minutes pour remplir une cagette de paillage (battre, découper, tamiser) et 10 minutes pour l’étaler sur une surface déjà plantée (il faut biner pour briser la croute et veiller à ne pas étouffer les plants sous le paillage, puis arroser copieusement). Donc 3 heures par parcelle. Ce lundi soir, il nous reste encore 6 parcelles déjà plantées à pailler (donc 18h de travail, en espérant avoir assez de matière pour pailler). Sachant que les journées sont plus courtes (cela deviendra intenable à partir de midi) et que nous avions prévu de continuer les plantations cette semaine… à suivre, donc.