Edito #01 : A propos du jour du dépassement

11/05/2019 : Ce vendredi 10 mai, l’Europe a atteint son « jour du dépassement », c’est à dire que nous avons déjà consommé ce que notre planète peut durablement nous fournir pour manger, s’habiller et se protéger dans un habitat sûr. Autrement dit, nous vivons à partir de ce 11 mai à crédit, on vide les stocks et on créée des déséquilibres qui dérèglent la machine. 

Cette notion de « jour de dépassement » peut paraitre anxiogène ou inquiéter. Mais on peut aussi se réjouir que l’être humain a su l’identifier et en prendre conscience : en soi, c’est déjà un progrès considérable. Il y a un cheminement intellectuel et scientifique derrière ce jour du dépassement, il faut forcément du temps pour faire de cette vague idée une réalité étudiée et argumentée. Nous y sommes. 

La prochaine étape est politique : le recul du jour de dépassement doit devenir un projet de société, et même un enjeu de civilisation. Les arguments sont multiples. 

D’abord c’est une forme d’intelligence collective : il est dans notre propre intérêt de préserver ce capital. A trop consommer et gaspiller, on va finir par manquer de ce dont nous avons besoin pour vivre, tout simplement. Et d’un manque nait rarement la paix. Les ressources naturelles ne sont ni infinie ni éternelles. La biodiversité est aussi une source de découvertes qu’il faut sauvegarder : une espèce qui disparait, c’est une bibliothèque qui brûle.

C’est aussi une question d’amour : pour les siens, d’abord, puisque la nature est une source inépuisable d’émerveillement quotidien, c’est une richesse qu’il faut préserver et transmettre à nos enfants. Amour des autres, ensuite : est-ce que l’on accepte que chacun être humain sur la planète puisse souhaiter bénéficier de notre confort de vie (santé, transport, éducation, divertissement, …) ? Evidemment, car ils ne sont pas moins méritants. Mais c’est une attitude hypocrite, car que se passerait-il si tous les humains sur la planète adoptaient notre mode de vie ? Il faudrait 9 planètes. Ce n’est donc pas réaliste. Un développement mondialisé passe d’abord et avant tout par un changement radical de notre propre mode de vie.

Nous devons donc proposer un modèle de civilisation durable, réplicable, que chacun puisse adopter ou adapter s’il le souhaite. Et pour cela, il faut changer. Tous les secteurs devraient activement travailler sur cette transition. Beaucoup d’initiatives naissent aujourd’hui en ce sens : maraichage, transports, vêtements, … Cette réflexion est aussi au coeur du projet de Ferme Florale Urbaine.

Nous voulons à notre tour expérimenter un modèle économique viable et réplicable qui soit véritablement vertueux.

Nous avons choisi de travailler sur les bouquets de fleurs, qui ont aujourd’hui un bilan social et environnemental souvent catastrophique. Notre objectif : cultiver des fleurs sans produits chimiques ni énergie fossile, et pouvoir en vivre. Tout simplement. Or, ce qui parait simple et évident ne l’est pas toujours : techniques de cultures éprouvantes, machines non adaptées, concurrence inégale de grands producteurs, réglementations inadaptées, clients exigeants souhaitant trouver tout n’importe quand et au moindre prix, … 

Nous partagerons notre expérience au fil des mois pour que chacun puisse comprendre où se situe très concrètement les obstacles au changement et contribuer, s’il peut, à améliorer le modèle. Créer des emplois en cultivant des fleurs sans abîmer la planète : voilà un rêve mais aussi une proposition concrète, parmi tant d’autres, de faire enfin reculer ce jour de dépassement.